Ben DAVAKAN

Vous êtes au bon endroit pour concrétiser vos ambitions sur le web. Parlons-en dès maintenant.

Google a perdu deux procès antitrust, mais son cours en bourse a grimpé de 65 % : explications

Google a perdu deux procès antitrust, mais son cours en bourse a grimpé de 65 % : explications

Google a perdu deux procès antitrust, mais son cours en bourse a grimpé de 65 % : explications

Google a perdu deux procès antitrust, mais son cours en bourse a grimpé de 65 % : explications

Sommaire

En janvier, Alphabet a dépassé Apple en capitalisation boursière pour devenir la deuxième entreprise la plus valorisée au monde. La capitalisation d’Alphabet s’établissait autour de 3,885 billions de dollars, contre 3,846 billions pour Apple. Seule Nvidia, à 4,595 billions, restait devant.

Ce constat, en soi, mérite l’attention. Mais le contexte judiciaire transforme ces chiffres en un phénomène beaucoup plus significatif. Des tribunaux ont conclu que Google avait enfreint les lois antitrust tant dans les services de recherche générale que dans la publicité textuelle liée à la recherche. Le ministère de la Justice des États-Unis (DOJ) a même demandé aux juges de démanteler l’entreprise, de vendre Chrome, de diviser Android et d’imposer la cession de son échange publicitaire. Dans l’affaire relative à la recherche, le tribunal a rejeté ces demandes de cession. Dans le dossier ad-tech, le gouvernement continue de requérir la vente de l’échange publicitaire de Google et des mesures correctives sont encore en suspens.

Dans cet article, j’analyse en détail chacun des dossiers antitrust en cours contre Google, les décisions judiciaires déjà rendues, ce qui reste à statuer et les calendriers prévisibles. L’écart entre l’exposition juridique de Google et sa performance boursière raconte une histoire utile pour tous les professionnels travaillant dans le domaine de la recherche et de la publicité en ligne.

Comment en sommes‑nous arrivés

Lorsque le procès du DOJ sur le monopole de la recherche a débuté en 2023, l’accusation a soutenu que Google avait dépensé des milliards pour conclure des accords d’exclusivité avec Apple, Samsung et des éditeurs de navigateurs afin de verrouiller sa position comme moteur de recherche par défaut. Le cœur du litige portait sur la question suivante : ces accords ont‑ils maintenu un monopole anticoncurrentiel ou reflètent‑ils plutôt une supériorité de produit ?

En 2024, le juge Amit Mehta a estimé que Google avait maintenu un monopole illégal dans les « services de recherche générale ». Il s’agissait de la première fois depuis l’affaire Microsoft en 2001 qu’un tribunal fédéral rendait une telle conclusion contre une entreprise technologique.

Vint ensuite la phase des remèdes — là où se jouait l’essentiel de l’impact concret. Le DOJ a plaidé pour des transformations structurelles significatives. Les procureurs ont présenté plusieurs options, incluant l’obligation pour Google de céder Chrome et potentiellement de séparer Android. Pour les investisseurs, c’était le scénario le plus inquiétant : le risque de démantèlement avait quitté le terrain théorique pour toucher directement la manière dont la distribution de la recherche fonctionne.

La suite des événements a surpris une grande partie de l’industrie.

L’affaire sur la recherche : état des lieux

Le 2 septembre 2025, le juge Mehta a publié son avis sur les remèdes. Il a refusé d’ordonner des cessions structurelles radicales. Il n’y aura ni vente de Chrome, ni démantèlement d’Android, ni séparation forcée de l’activité de recherche du reste de la structure Alphabet.

La motivation principale du juge reposait sur l’impact de l’IA. Mehta a estimé que les avancées en matière de génération de langage et d’IA avaient changé la dynamique concurrentielle du marché. Il a mis en avant la menace que représentent les chatbots d’IA pour l’activité de recherche de Google et conclu que le marché était devenu trop instable pour imposer les remèdes structurels demandés par le gouvernement.

À la place, le juge a imposé des remèdes de nature comportementale. Le jugement final, rendu le 5 décembre 2025, limite la durée des accords de distribution de recherche à un an et interdit d’utiliser ces contrats pour verrouiller des partenaires sur plusieurs points d’accès simultanés. Le texte impose également aux partenaires une plus grande latitude pour proposer des alternatives concurrentes et, dans certains cas, des produits d’IA tiers intégrés.

L’ordonnance prévoit en outre des obligations de partage de données à l’attention de rivaux qualifiés : accès à une portion de l’index web de Google et à certains éléments de données côté utilisateur. Un mécanisme de supervision est également mis en place pour contrôler la mise en œuvre et s’assurer du respect des nouvelles règles pendant la durée du remède.

Google a déposé un avis d’appel le 16 janvier 2026. La société conteste en particulier les exigences relatives au partage de données et la supervision technique par un comité indépendant. Le DOJ disposait d’un délai jusqu’au 3 février 2026 pour engager un appel croisé demandant des mesures plus sévères que celles ordonnées par Mehta.

De manière concrète, l’affaire sur la recherche s’est retrouvée dans une situation atypique : Google conserve Chrome et Android, mais les accords qui assuraient à Google la majorité des requêtes mobiles sont désormais plafonnés en durée et allégés en termes de contraintes imposées aux partenaires.

Le partage de données pourrait permettre à des concurrents de construire des produits de recherche plus robustes, mais il faut s’attendre à ce que ce processus prenne des années avant de se traduire par des alternatives viables et largement adoptées.

L’affaire ad‑tech : à quoi s’attendre

Le second procès fédéral vise la technologie publicitaire numérique de Google. Il se déroule sur une piste distincte, devant un autre juge, et met en jeu des remèdes d’une nature différente.

En avril 2025, la juge Leonie Brinkema a conclu que Google avait monopolisé volontairement certaines parties du marché publicitaire numérique. Là où l’affaire sur la recherche portait sur le verrouillage du rôle de moteur par défaut, celle‑ci ciblait le serveur publicitaire, l’échange publicitaire (AdX) et les connexions internes entre ces outils.

Le mémoire final du DOJ après le procès a demandé la cession de la suite Ad Manager de Google, y compris l’échange AdX. Concrètement, cela reviendrait à séparer l’outil que les éditeurs utilisent pour vendre des espaces publicitaires du marché où ces espaces sont achetés et vendus.

Lors des plaidoiries finales en novembre, la juge Brinkema s’est montrée sceptique. Elle a relevé qu’aucun acquéreur potentiel n’avait été identifié pour l’échange publicitaire et a qualifié la proposition de cession de « assez abstraite ». Le tribunal, a‑t‑elle noté, avait besoin d’un plan « beaucoup plus concret et réaliste ».

Selon ses déclarations, Brinkema prévoit de rendre sa décision au début de 2026, possiblement à tout moment du premier trimestre.

Les enjeux pratiques diffèrent de ceux de l’affaire sur la recherche. Les remèdes dans le domaine ad‑tech influent directement sur la façon dont les éditeurs monétisent leur audience via Google. Une séparation forcée de AdX modifierait profondément la chaîne de monétisation sur laquelle des millions de sites web s’appuient. Même si la juge opte, comme Mehta, pour des remèdes comportementaux plutôt que structurels, les changements imposés pourraient transformer le flux programmatique des inventaires publicitaires au sein des systèmes de Google.

Le dossier Epic / Play Store : l’issue du règlement

Fin janvier 2026, le juge James Donato a tenu une audience à San Francisco concernant un règlement proposé entre Google et Epic Games dans une affaire portant sur les pratiques du Play Store. Le règlement semblait aboutir à une solution, mais le magistrat a remis en question ses modalités.

Le juge Donato a estimé que les termes du règlement favorisaient excessivement les deux entreprises et s’est interrogé sur le bien‑fondé d’un accord qui pourrait léser la classe plus large des développeurs affectés par les politiques du Play Store.

Les conditions prévoient notamment que Epic consacre 800 millions de dollars sur six ans à des services Google, en plus d’un partenariat marketing et exploratoire. Les médias ont relaté que ce partenariat inclurait la technologie d’Epic, comme l’Unreal Engine, accompagné de dispositions commerciales et marketing.

Ce dossier revêt une importance particulière parce qu’il traite d’un autre pan de l’écosystème de Google. Les affaires sur la recherche et l’ad‑tech ciblent respectivement la découverte de l’information et la monétisation publicitaire. Le litige lié au Play Store concerne la distribution des applications sur Android. Ensemble, ces procédures couvrent les trois principaux leviers de revenus de Google et les trois interfaces principales par lesquelles les professionnels interagissent avec les plateformes de l’entreprise.

Le front européen

Les autorités européennes suivent leur propre trajectoire, et sur certains points elles avancent plus vite que les juridictions américaines.

En septembre 2025, la Commission européenne a infligé une amende de 2,95 milliards d’euros à Google pour abus de position dominante dans l’ad‑tech. Google a annoncé son intention de faire appel.

Des informations rapportées en décembre indiquent que l’Union européenne prépare une amende pour non‑conformité relative aux règles anti‑redirection du Play Store. Cette sanction pourrait tomber dès le premier trimestre 2026, ce qui coïnciderait à peu près avec la décision de la juge Brinkema aux États‑Unis.

Mais l’action européenne la plus susceptible d’avoir des effets durables est peut‑être la plus récente. Le 26 janvier, la Commission a ouvert une procédure de spécification dans le cadre du Digital Markets Act (DMA) visant le partage des données de recherche en ligne et l’interopérabilité des fonctions d’IA sur Android. Cette procédure vise à définir précisément les obligations d’accès pour les rivaux, inclus les développeurs d’IA et les concurrents de la recherche, et devrait aboutir dans un délai d’environ six mois.

Cette initiative européenne va au‑delà des exigences américaines. L’ordonnance de Mehta impose un partage de données avec des concurrents de la recherche, mais la procédure DMA cherche à savoir si Google doit ouvrir l’accès à un éventail plus large de rivaux, y compris ceux qui conçoivent des produits d’IA ne se conformant pas strictement à la catégorie traditionnelle de moteur de recherche.

Pour les observateurs de l’évolution de la recherche par IA, cette procédure européenne pourrait avoir des conséquences à plus long terme que n’importe quelle décision américaine. La question de savoir si l’index de recherche de Google peut alimenter des produits d’IA concurrents touche l’ensemble de l’écosystème des réponses générées par IA, des citations qu’elles produisent et des flux de trafic qui en découlent.

Pourquoi l’action a augmenté malgré tout

En 2025, l’action de Google a progressé de 65 %, devenant, selon CNBC, la performance la plus forte parmi les grandes valeurs technologiques. À titre de comparaison, Apple n’a enregistré qu’une hausse de 8,6 %. Cet écart entre les revers juridiques et les gains boursiers met en lumière un schéma récurrent observé tout au long des procédures.

À l’annonce du verdict initial en octobre 2024, les scénarios possibles allaient d’une cession de Chrome au démantèlement d’Android, en passant par l’élimination des accords par défaut, l’obligation de partage de données et la séparation structurelle entre recherche et publicité. Progressivement, la fourchette des résultats plausibles s’est resserrée.

Google a proposé d’assouplir ses accords de moteur par défaut dès décembre 2024, suggérant que des concessions comportementales seraient faites. Le DOJ a maintenu sa demande de démantèlement. Mais, au fil des audiences et des décisions, les juges ont fini par borner les remèdes dans une direction plus proche de la position de Google que de celle du gouvernement.

Une analyse du Financial Times de janvier 2026 replace le sort de Google dans un contexte plus large. Dans plusieurs procédures antitrust visant les grandes plateformes, les juges se montrent réticents à imposer des remèdes structurels. Meta a obtenu gain de cause lorsque le juge James Boasberg a statué en novembre que l’entreprise ne détenait pas un monopole illégal. Dans l’affaire ad‑tech de Google, la juge Brinkema a exprimé des réserves sur l’idée d’une cession. L’ancien chef antitrust du DOJ, Jonathan Kanter, a reconnu au Financial Times que ces décisions montraient la lenteur d’intervention du système judiciaire américain.

Le schéma se répète : les tribunaux sont prêts à constater des violations du droit de la concurrence, mais restent prudents lorsqu’il s’agit d’imposer des mesures de démantèlement. L’IA est souvent invoquée comme motif central de cette retenue, la concurrence potentielle portée par des technologies d’IA étant considérée comme un facteur atténuant le besoin de diviser des entreprises.

Pour Google, la combinaison d’un remède limité, d’un récit positif autour de l’IA (des signaux indiquant que l’entreprise réduisait l’écart avec OpenAI ont renforcé la confiance des investisseurs, selon un article de Fortune) et d’une domination persistante des revenus de recherche a dissipé la crainte d’un démantèlement, d’où la hausse des cours.

Ce que cela implique pour les professionnels de la recherche

Les procédures antitrust ont abouti à une situation qui préserve la structure globale de Google tout en introduisant de nouvelles obligations liées au partage de données et aux accords de distribution. L’effet se déploiera sur plusieurs années ; il ne faut pas s’attendre à des changements radicaux en quelques semaines.

Voici les principaux éléments à surveiller et les conséquences probables pour les praticiens :

– Diversification progressive de la distribution des recherches : le plafonnement à un an des accords de distribution et les limitations sur le verrouillage des réglages par défaut entre plusieurs points d’accès laissent à Apple, Samsung et d’autres partenaires une marge supplémentaire pour proposer des alternatives ou renégocier les conditions. Reste à voir s’ils saisiront réellement cette opportunité.

– Incitations pour Apple : l’accord de recherche par défaut entre Google et Apple a été largement évoqué comme valant des dizaines de milliards par an. Sans verrouillage à long terme, Apple pourrait avoir intérêt à développer ou à licencier une solution alternative, mais cela dépendra d’arbitrages commerciaux complexes.

– Création potentielle de concurrents via le partage de données : le jugement exige que Google accorde une licence sur une portion de son index web et certains jeux de données utilisateur à des rivaux qualifiés, sous contrôle d’une instance de supervision. La portée exacte de ce partage est décisive : un accès limité à une portion de l’index ne permettra pas à un rival de reproduire l’intégralité de l’expérience de Google, tandis que l’ouverture des signaux de classement et d’un index complet fournirait une base sérieuse pour des alternatives concurrentes. Le fait que Google fasse appel de cette exigence montre clairement que l’entreprise perçoit le partage de données comme la menace centrale.

– Impact direct sur les revenus des éditeurs : la décision de la juge Brinkema dans l’affaire ad‑tech, attendue début 2026, déterminera si Google doit séparer ses outils d’édition publicitaire de son échange. Une telle séparation toucherait directement la capacité des éditeurs à monétiser leur audience via la suite Ad Manager. Même en cas de remèdes comportementaux, des changements dans le fonctionnement de la chaîne programmatique se répercuteront sur les revenus et les opérations des sites dépendant de ces plateformes.

– Portée des procédures européennes : les travaux menés sous le régime du DMA sur le partage des données de recherche et l’interopérabilité IA sur Android peuvent imposer des obligations plus larges que celles des tribunaux américains. Les décisions de la Commission auront des effets extraterritoriaux en termes d’accès aux sources et d’obligations techniques destinées aux développeurs d’outils d’IA, influençant la manière dont les produits d’IA intègrent des informations et citent leurs sources.

Perspectives et calendrier

Les douze prochains mois seront cruciaux pour savoir si ces procédures aboutiront à des transformations structurelles durables des marchés de la recherche et de la publicité, ou si elles se traduiront essentiellement par des exercices de mise en conformité qui préserveront l’essentiel du statu quo.

Parmi les étapes clés à suivre :

– La décision de la juge Brinkema sur les remèdes ad‑tech, attendue au premier trimestre 2026.

– La décision du DOJ quant à l’opportunité d’un appel croisé sur le rejet par Mehta de remèdes plus sévères, échéance début février 2026.

– L’appel formé par Google devant la Cour d’appel du circuit de Washington (D.C. Circuit) concernant la décision de distribution de la recherche, une procédure qui devrait durer au moins un an.

– La conclusion des procédures de spécification DMA de la Commission européenne sur le partage des données de recherche et l’interopérabilité Android/IA, prévue dans un délai d’environ six mois à compter de leur ouverture le 26 janvier.

– Les suites du dossier Epic / Play Store après les critiques formulées par le juge Donato lors de l’audience.

En parallèle, d’autres affaires antitrust impliquant des géants comme Amazon et Apple progressent, avec des procès attendus en 2027. Ces procédures élargiront le panorama des décisions judiciaires et permettront d’observer si la tendance à constater des violations sans imposer de démantèlement se confirme ou change de cap.

En bref

Des tribunaux ont conclu que Google avait entretenu des positions monopolistiques sur au moins deux marchés distincts. L’entreprise fait appel d’une décision et attend des remèdes pour une autre. Les autorités de réglementation sur deux continents poursuivent leurs démarches, et malgré cela la société est redevenue la deuxième plus valorisée au monde.

La nature exacte des remèdes — continuité ou rupture — se dessinera au fil des prochaines années. Quoi qu’il en soit, les décisions prises dans ces dossiers façonnent l’infrastructure sur laquelle travaillent quotidiennement les professionnels de la recherche, de la publicité et du développement d’outils d’IA, et méritent un suivi rapproché.

Ressources supplémentaires :


Image mise en avant : Collagery/Shutterstock